(interview) « Au Canada, la réglementation sur les drones est très simple »

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Si la réglementation française sur l’usage commercial ou privé des drones est très restrictive, ce n’est pas le cas dans tous les pays. Au Canada par exemple, l’encadrement de la pratique parait moins contraignante. Mais il existe quand même des règles. Interview via quelques questions par email de Brice Lach, un français émigré au Canada, directeur adjoint d’Exo Drone, une école de pilotage professionnelle de drones.

Vous êtes un français installé au Québec ?

Oui je suis français immigré ici au Québec, je suis un ancien contrôleur aérien de l’armée de l’air ainsi qu’ancien responsable de base pour les Nations Unies dans le cadre de missions en Afrique.

Pourquoi avez-vous émigré ? Dans le cadre de votre activité ?

J’ai toujours rêvé de ce pays depuis tout jeune, c’est LE pays de l’aviation et je ne me suis pas trompé ! Mon histoire est plutôt simple et faite de rencontres ! J’ai rencontré lors de missions africaines un pilote français (lui aussi immigré au Québec) travaillant pour une compagnie canadienne offrant ses services à l’ONU et pour ma part je suis pilote et je souhaitais devenir pilote professionnel ici. Ce pilote (qui s’appelle Julien) m’a référé à une des meilleures écoles d’aviation selon moi de tout le Québec, J’ai rencontré Rémi Cusach qui est le propriétaire de celle-ci (la compagnie s’appelle alm Par avion) et nous avons parlé de mon avenir de pilote professionnel et au cours d’une discussion anodine nous parlons drone, car il se trouve que la compagnie pour laquelle je travaillais en Afrique vendait aussi des drones. Une chose en amenant une autre Rémi me parle d’un projet “fou” de lancer la seule et unique formation de pilote commercial de drones de tout le pays.

J’ai tout de suite embarqué car c’est une compagnie fonctionnant au feeling, à dimension humaine proche d’un aéroclub en France (ici les aéroclubs tels qu’on les connait sur le vieux continent n’existent pas ou sont privés).

Il se trouve donc qu’aujourd’hui me voilà directeur adjoint de la compagnie Exo Drone, école de pilotage professionnel de drones.

C’est plus facile de travailler dans le drone au Québec ?

Très clairement oui ! Ayant connu le milieu aéronautique européen et américain, je le comparerai au mode de vie. Ici c’est facile d’entreprendre, cela ne coûte rien de créer son business, on ne baigne pas dans la paperasse à tout va comme en Europe et en France plus particulièrement. C’est à l’image du pays, très dynamique… Tu veux faire quelque chose: GO ! Fais tes preuves et travaille dur, ça va marcher et on te félicitera. Le pays est immense, le Québec à lui seul peut contenir environs 5 France. La demande des opérations commerciales de drone explose, tout le monde veut l’utiliser (et dans d’autres domaines que la simple photo/vidéo), le milieu agricole, minier, le bâtiment, les analyses de structures etc etc etc…

Et chose très importante, l’Amérique du nord ne connait pas la crise que connait l’Europe, les gens ont de l’argent à investir, et tout fonctionne.

Quelle est la règlementation là-bas ? En quoi diffère-t-elle de celle en vigueur en France ?

La règlementation est très simple: il n’y en a pas encore….(ce n’est pas tout à fait ça). Je m’explique: Transport Canada (l’équivalent de la DGAC ici) a commencé à s’intéresser aux drones il y a 4-5 ans. C’est donc tout nouveau et ils commencent à légiférer, très intelligemment afin que les drones s’intègrent au reste du trafic. Nous avons la chance que l’administration souhaite que les machines volent, en toute sécurité on s’entend bien, mais ils le souhaitent ardemment. Ils ne cherchent donc pas à tout bloquer. Pour faire simple, l’usage commercial d’un drone nécessite un COAS (certificat d’opérations aériennes spécialisées), c’est LE sésame pour voler commercialement sa machine et donc en tirer un revenu. En 2011, Transport Canada à reçu 100 demandes, nous sommes en aout 2014, ils ont dépassé les 1000.

C’est la que nous intervenons: nous avons créé la meilleure osmose qui puisse exister entre professionnels de l’aviation et des drones et nous avons créé la seule école de formation suivant les recommandations de Transport Canada à 100%, nous sommes devenus en très peu de temps une référence (nous y avons travaillé très dur).

Classe

Avez-vous déjà enregistré des candidats élèves à votre formation ?

Oui, nos cours sont quasiment complets, nous en sommes très heureux, nous rentrons une session le 2 Septembre prochain. Nos sessions sont composées d’une dizaine d’élèves.

Quels sont leurs objectifs ? Passer pro, ou juste pour les loisirs (pilotage, photo aérienne) ? Ou pour adresser un besoin personnel ? (agriculteurs…)

Nos offrons une formation adaptée aux professionnels, tout pilote désirant tirer un revenu, quel qu’il soit, de sa machine, est considéré comme professionnel. les élèves que nous avons vont de l’étudiant qui souhaite s’orienter vers ce nouveau métier au retraité, passionné d’objets volants désirant augmenter ses revenus, en passant par le travailleur en pleine force de l’âge, souhaitant se reconvertir. Nous nous tournons également vers les unités d’enseignement québécoises, les industries et les forces publiques dans le but de former les pilotes professionnels de demain.

Quel matériel utilisez-vous ?

Nous profitons des installations d’alm Par avion, qui est le groupe dont Exo Drone fait partie, pour y pratiquer nos cours théoriques. Nous passons à travers plus de 50 heures de cours (calqué sur les cours avion, adaptés aux drones), ces exigences sont désormais celles de Transport Canada. Nous avons 3 grandes salles de cours pouvant accueillir entre 3 et 15 étudiants pour la plus grande, vidéoprojecteurs et tout le matériel pédagogique nécessaire.

Concernant la pratique, nos élèves apprennent à voler sur simulateur (Réal Flight 7) et sur le drone école qui est un DJI 450 équipé d’un NAZA V2. (NB: les machines appartiennent aux élèves).

Nous présentons nos pilotes, après 45 heures de vol (5 double commande, 20 supervisé et 20 solo) à l’examen pratique, examen que nous avons édité car calqué sur les exigences de TC en matière d’avions. C’est de toute manière, ce qui va se faire (à peu de choses près) dans les mois à venir en vue d’obtenir une véritable “Licence”.

Pour ce qui est de l’exploitation commerciale cela peut aller du petit quadrirotor (de type 450) à la machine de calibre S1000 (ou similaire homemade suivant les besoins).

Nos-Services

La demande en prestations professionnelles est-elle forte au Québec/Canada ? Quels sont les principaux types de demandes ?

Comme expliqué en tout début, la demande est très forte, je dirai même qu’elle est exponentielle !!! Nous en sommes nous même impressionnés. Les demandes vont de la “simple” utilisation photo/vidéo aux industries lourdes (minier, gaz, électricité, pétrole etc etc) en passant par l’agriculture ou encore l’imagerie 3D pour les archéologues. Nos cours sont composés de façon à ce que nos élèves aient les certifications nécessaires au travail aérien, nous donnons une formation complète car d’une, elle est nécessaire administrativement parlant, et de deux, nous ne pouvons pas laisser voler des pilotes de type “cowboY” s’affranchissant de tous les règlements et mettant en danger la sécurité des gens au sol mais également des aéronefs avec qui ils partagent le ciel.

Beaucoup d’articles sont “à charge” vis à vis de ces machines car le public n’est pas encore informé et éduqué pour ces machines. Mais c’est en train de changer, encore récemment nous avons rencontré Radio Canada qui à fait un reportage “Positif” sur les drones et sur l’importance d’une école comme la notre. Nous en sommes très fiers !!

Nous accueillons également, comme le fait l’école de pilotage d’avions, des élèves français, nous avons vocation à aider ceux qui souhaitent s’implanter et réussir leur projet dans ce domaine ici outre Atlantique.

PS : vous êtes également un professionnel du drone et vous souhaitez figurer dans cette nouvelle série d’interviews, contactez-nous.

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